Rassemblement républicain devant la maire de Louviers

Lundi 19 octobre 2026
Allocution de François-Xavier PRIOLLAUD
Maire de Louviers

Mesdames et Messieurs les élu(e)s, membres du conseil municipal,
Lovériennes et Lovériens,
Mesdames et Messieurs,
Merci à vous d’avoir répondu à cet appel au rassemblement républicain.
Comme dans des centaines de communes de notre pays, j’ai souhaité relayer l’appel lancé par l’Association des Maires de France à nous ressembler aujourd’hui à midi devant notre mairie.
Votre présence est importante.
Parce que le moment que traverse notre pays est grave.
Parce que les images qui tournent en boucle depuis samedi, et qui ont fait le tour du monde, sont insupportables.
Parce qu’il est des moments dans la vie d’une Nation où le silence peut être interprété comme une forme de résignation.
Et nous ne voulons pas nous résigner.
Nous ne voulons pas nous habituer à la violence.
Non, le chaos n’est pas une fatalité française.
Nous n’acceptons pas que la République soit ainsi défiée, humiliée, attaquée, sur son propre sol.
Samedi, partout en France, nous avons assisté à des scènes d’une violence inouïe.
À Limoges, c’est l’hôtel de ville qui a été incendié.
À Marseille aussi, des individus ont pris pour cible la mairie.
Partout, des commerces ont été pillés. Des bâtiments publics dégradés. Des véhicules incendiés. Des femmes et des hommes menacés. Des policiers, des gendarmes et des pompiers caillassés.
A Louviers, plutôt épargnée par ces violences, des forces de l’ordre ont également été prises à partie.
Nous leur témoignons tout notre soutien.
Ces violences sont injustifiables. Elles sont inexcusables.
Je veux, au nom de la Ville de Louviers, exprimer notre solidarité la plus totale avec toutes celles et tous ceux qui en ont été les victimes.
Je pense à ces commerçants qui ont vu, en quelques minutes, disparaître le fruit de plusieurs années, parfois de toute une vie de travail.
Je pense à ces salariés qui se demandent aujourd’hui s’ils retrouveront leur emploi.
Je pense à ces habitants qui ont eu peur, à ces familles qui ont vu leur quartier dévasté.
Je pense aux maires, aux élus municipaux, aux agents territoriaux, qui ont vu leurs maisons communes attaquées.
Je pense aux forces de l’ordre et aux services de secours qui, au péril de leur intégrité physique, ont accompli leur devoir pour protéger les personnes et les biens.
À toutes ces femmes et à tous ces hommes, nous vous disons aujourd’hui : vous n’êtes pas seuls. La République est à vos côtés. Le peuple français est à vos côtés.
Mais au-delà de l’émotion, au-delà de l’indignation, nous devons avoir le courage de regarder en face ce qui est en train de se passer dans notre pays.
Car ce que nous avons vécu samedi ne peut pas être réduit à une succession de débordements.
Il faut distinguer deux réalités profondément différentes.
D’un côté, il y a des Français qui expriment leur colère, leurs inquiétudes, leurs difficultés à vivre dignement de leur travail, à se loger, à se soigner, à préparer l’avenir de leurs enfants.
Cette colère, nous devons l’entendre.
Ces inquiétudes, nous devons les comprendre.
Ces revendications, nous devons pouvoir en débattre.
Car manifester est un droit. Contester est un droit. S’opposer est un droit.
Il s’agit ni plus ni moins de nos libertés fondamentales, conquises au fil de notre histoire, garanties par notre République.
Mais de l’autre côté, il y a ceux qui se dissimulent derrière des cagoules pour détruire.
Ceux qui profitent de la colère des autres pour répandre leur propre violence.
Ceux qui ne cherchent ni à convaincre, ni à débattre, ni à construire.
Ceux qui veulent simplement faire peur.
Quand on brûle une mairie, c’est à la démocratie qu’on réduit en cendres.
Quand on pille un commerce, on ne combat pas les injustices. On en crée de nouvelles.
Quand on frappe un policier, on ne défend pas la liberté. On s’en prend à ceux qui ont pour mission de la protéger.
Quand on cherche à imposer ses idées par la terreur et l’intimidation, on tourne le dos à tout ce qui fonde notre pacte républicain.
Il ne s’agit pas seulement de casser des vitrines, de brûler des voitures ou de saccager des bâtiments.
Les casseurs de samedi sont aussi des casseurs de République.
La République n’est pas condamnée à reculer devant ceux qui veulent la mettre à genoux. Il nous faut sortir d’une forme de sidération.
L’État ne doit pas démissionner de ses fonctions régaliennes. Un État qui n’est plus en capacité d’assurer ses fonctions fondamentales laisse la voie libre à la violence illégitime.
Il faut remettre l’État à sa juste place : beaucoup plus d’État là où nous avons besoin de lui, et beaucoup moins d’État partout où son omniprésence n’apporte aucune valeur ajoutée.
Et il faut effectivement écouter ce que les Français de bonne foi ont à dire.
Il est temps que celles et ceux qui ne crient pas, qui ne cassent pas, qui ne menacent pas, mais qui font vivre notre pays chaque jour, fassent aussi entendre leur voix. La majorité silencieuse doit se réveiller et prouver qu’elle est plus forte que les faibles en cagoule noire.
Cette majorité silencieuse, ce sont les femmes et les hommes qui travaillent, qui élèvent leurs enfants, qui s’engagent dans les associations, qui prennent soin de leurs voisins, qui font vivre nos écoles, nos entreprises, nos services publics.
Ce sont ces millions de Français qui ne demandent pas le chaos.
Qui aspirent simplement à vivre en paix, à être respectés, à pouvoir croire en l’avenir.
Ils ne font pas la une des journaux.
Ils ne portent pas de cagoules.
Ils ne brûlent pas de drapeaux.
Mais ils sont la force de notre pays.
C’est à nous tous d’affirmer, calmement, fermement, collectivement, que la République appartient à tous les citoyens, et certainement pas à ceux qui prétendent la soumettre par la force.
On oppose parfois l’ordre à la justice sociale, comme s’il fallait choisir entre les deux. C’est une erreur profonde.
L’ordre républicain n’est pas l’ennemi de la justice sociale. Il en est l’une des conditions.
Car qui souffre le plus du désordre ?
Qui souffre le plus quand un service public ferme, quand un commerce disparaît, quand un quartier devient inaccessible, quand la peur s’installe dans la rue ?
Ce ne sont pas ceux qui disposent de tous les moyens pour se protéger.
Ce sont les plus fragiles.
Ce sont les familles modestes.
Ce sont les personnes âgées isolées.
Ce sont celles et ceux qui n’ont pas d’autre choix que de compter sur la solidarité collective.
C’est pourquoi il faut rappeler une vérité essentielle : la République n’est pas d’abord une affaire de bâtiments, de cérémonies ou de symboles. Elle est une promesse faite aux plus fragiles.
La promesse que personne ne sera abandonné.
La promesse que la loi protégera le faible autant que le puissant.
La promesse que chaque enfant, quelle que soit son origine sociale, pourra trouver dans l’école les moyens de construire son avenir.
La promesse que notre destin ne sera pas entièrement déterminé par notre naissance.
Voilà pourquoi nous sommes attachés à la République.
Pas seulement parce qu’elle est notre héritage.
Mais parce qu’elle est notre protection.
Parce qu’elle est notre bien commun.
Parce qu’elle est, pour tant de nos concitoyens, le dernier rempart contre l’injustice et l’arbitraire.
Et c’est précisément pour cela que les violences de samedi sont si révoltantes.
Mesdames et Messieurs,
Si nous sommes réunis aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour condamner.
C’est aussi pour montrer notre unité.
Car notre pays a besoin, plus que jamais, d’unité.
Mais attention à ce que nous mettons derrière ce mot.
L’unité nationale, ce n’est certainement pas le renoncement à ses convictions.
Ce n’est pas le silence imposé à ceux qui ne pensent pas comme nous.
L’unité républicaine, c’est exactement le contraire.
C’est la possibilité de penser différemment sans se considérer comme des ennemis.
C’est le droit de s’opposer sans chercher à détruire.
C’est la capacité de débattre avec vigueur sans renoncer au respect.
C’est accepter que celui qui ne partage pas mes idées possède exactement les mêmes droits que moi.
Voilà la grandeur de la démocratie.
Elle ne nous demande pas d’être d’accord sur tout.
Elle nous demande d’être d’accord sur l’essentiel : le respect de la dignité humaine, la liberté de conscience, l’égalité devant la loi, le refus de la violence, la souveraineté du peuple.
Et surtout, cette conviction fondamentale : dans une démocratie, on ne fait pas taire son adversaire. On cherche à le convaincre.
C’est cela, la civilisation républicaine.
C’est cela que nous devons transmettre à nos enfants.
Et c’est cela que nous devons défendre, sans faiblesse, mais sans haine.
Car nous ne sauverons pas la République en empruntant les méthodes de ceux qui la combattent.
Nous la défendrons en restant fidèles à ses principes.
Avec une justice indépendante.
Avec une police respectée.
Avec des institutions solides.
Avec des citoyens libres.
Et avec cette fraternité sans laquelle la liberté et l’égalité resteraient des mots incomplets.
Mesdames et Messieurs,
Nous aurions tort de considérer les événements de samedi comme une parenthèse.
Ils surviennent dans un moment particulièrement dangereux de notre histoire.
Nous vivons dans un monde où les démocraties sont contestées, fragilisées, parfois ouvertement menacées.
De l’extérieur, par des puissances étrangères qui cherchent à affaiblir nos institutions, à manipuler l’information, à attiser nos divisions, à semer le doute dans nos sociétés. Jusqu’à Donald Trump qui se croît autorisé à nous donner des leçons de démocratie.
Mais aussi de l’intérieur, par tous ceux qui entretiennent la défiance envers la démocratie représentative, qui délégitiment systématiquement les institutions, qui laissent prospérer l’idée que la violence pourrait devenir un moyen acceptable de faire triompher une cause. J’y vois une forme de terrorisme de l’intérieur.
Dans la période dangereuse que nous traversons, chacun doit mesurer la portée de ses paroles et de ses actes.
Je veux le dire avec gravité : on ne peut pas, d’un côté, condamner les violences et, de l’autre, entretenir un discours qui finit par les excuser, les relativiser ou les légitimer.
On ne peut pas invoquer la République quand elle nous arrange et en contester les règles dès lors qu’elles contrarient une ambition présidentielle.
On ne peut pas se réclamer de la démocratie tout en laissant entendre que la force de la rue pourrait se substituer à la souveraineté du suffrage universel.
La responsabilité politique impose de la clarté.
La liberté d’expression autorise la critique la plus vive.
Mais elle ne dispense personne du devoir de responsabilité.
Et ce devoir s’impose à tous, quelles que soient nos convictions.
Dans six mois, les Français seront appelés à élire leur nouveau président de la République.
Mais au-delà des programmes et des alternances, il y aura une question plus fondamentale que tout autre.
Quelle République voulons-nous transmettre à nos enfants ?
Une République de la peur ou une République de la confiance ?
Une République de l’affrontement permanent ou une République capable de faire vivre ses différences ?
Une République qui doute d’elle-même ou une République qui retrouve la force de ses principes ?
Ces questions ne doivent appartenir à aucun parti.
Elles concernent chacun d’entre nous.
Car la République est plus grande que nos appartenances politiques.
Elle est plus grande que nos désaccords.
Elle est plus grande que les femmes et les hommes qui, pour un temps, exercent le pouvoir.
Elle est ce qui nous unit au-delà de ce qui nous sépare.
Chères Lovériennes, chers Lovériens,
Je voudrais conclure mon propos en revenant à ce lieu où nous sommes réunis.
Devant notre hôtel de ville.
Une mairie, ce n’est pas un bâtiment comme les autres.
C’est la maison de tous.
C’est le lieu où l’on déclare une naissance, où l’on célèbre un mariage, où l’on accompagne les grandes étapes de l’existence.
C’est le lieu où la République prend un visage humain.
Où elle cesse d’être une idée abstraite pour devenir une présence concrète dans la vie de chacun.
Notre République a traversé des guerres, des crises, des déchirements.
Elle a connu des heures terribles.
Elle a parfois vacillé.
Mais elle a toujours trouvé, dans le courage de ses citoyens, les ressources de son relèvement.
Aujourd’hui, c’est à notre tour d’être à la hauteur.
À notre tour de refuser la peur.
À notre tour de refuser la haine.
À notre tour de refuser la résignation.
Et à notre tour de rappeler que la République n’est jamais définitivement acquise.
Elle se défend. Elle se fait vivre. Elle se transmet.
Un jour, nos enfants nous demanderont peut-être ce que nous avons fait lorsque la violence gagnait du terrain, lorsque les institutions étaient contestées, lorsque notre démocratie semblait perdre confiance en elle-même.
Je voudrais que nous puissions leur répondre que nous n’avons pas détourné le regard.
Que nous n’avons pas cédé à la facilité du renoncement.
Que nous avons choisi de faire face.
Et que, par-delà nos convictions, nos différences, nos désaccords, nous avons su nous retrouver autour de ce qui nous est le plus précieux.
Nous n’avons pas le droit de laisser se défaire, par indifférence, par faiblesse ou par résignation, ce que tant de générations ont mis tant de courage à construire.
C’est le sens de notre présence ici.
C’est le sens de notre rassemblement.
Vive Louviers !
Vive la République !
Et vive la France !